01/04/2014

Musée d'art et d'histoire : un feuilleton genevois (2)

 

Episode 2 : En 1910 déjà, un musée résolument tourné vers la modernité

 

Le Musée d’art et d’histoire est un bâtiment dont l’enveloppe est résolument d’inspiration internationale. Marc Camoletti, architecte, conscient que le « Musée Central » doit correspondre à la ville qui l’accueille, mais aussi à son environnement plus large, s’inspire de quelques grands musées européens pour concevoir son projet.

 

Ce musée se doit donc d’être, dès sa naissance en 1910, celui de tous les Genevois, de toutes les classes sociales et de tous les visiteurs dont l’œil sera attiré par l’édifice. Nous retiendrons ici, sans autre forme de jugement sur l’architecture du bâtiment, que Camoletti voit les choses sous un angle résolument novateur. Il ne cède ainsi pas au très conservateur Heimatstil.

 

Dans cette visée d’ouverture, il semble donc logique et de bon ton d’utiliser des matériaux venus de divers horizons pour la construction du musée. Les pierres utilisées proviennent donc de pas moins de dix régions différentes de Suisse romande et de France. A ceux qui souhaitaient que ce bâtiment s’ancre strictement dans « son Heimat », il est répondu que l’architecte veut, avec raison, se distancer du « gris moral et matériel »[1].

 

Pour ce qui est de ses entrailles, le musée est pensé pour épouser les objets  qu’il abrite et qu’il se doit de révéler. C’est dans cette idée que Camoletti imagine les pièces qui mettent en présence, du sol au plafond, des matériaux en pleine résonnance avec les collections qui s’y trouvent.

 

Notons que le nombre d’objets à exposer est très vite important et que le jury du concours demande à l’architecte d’inclure des surfaces d’exposition supplémentaires :

 

et là, c’est sur la profondeur de la cour intérieure que l’on demande à l’architecte d’être moins gourmand ! De plus, cette dernière devrait être utilisée comme une surface d’exposition à part entière. C’est donc en 1901 que la question hautement émotionnelle de la cour intérieure semble naître…

 

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Rapport à l’appui du projet « 1602 », archives du Fonds Camoletti, 1901

 

Ainsi aujourd’hui, aussi bien qu’en 1901, nous voulons nous tenir écartés du « gris moral ». Nous voulons éviter le piège d’un conservatisme effréné pour notre « Grand Musée » ! L’enveloppe du musée est, nous l’avons vu, dès son origine tournée vers le monde qui l’entoure. Il doit continuer à l’être. Genève et sa région évoluent, le musée des Genevois se doit de le faire aussi.

 



[1] Extrait du procès-verbal de la commission des pétitions, août 1901

Sources supplémentaires :               - Musée d’art et d’histoire, Genève, MCMX – MMX, Le Grand Musée, 2010 

- Rapport à l’appui du projet « 1602 », 1901

 

10:17 Écrit par Natacha Buffet dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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