09/11/2017

J'ai mal à mon Ecole

Par Natacha Buffet-Desfayes

De nombreux témoignages, émotions et une myriade d’invectives et d’insultes en tous genres. Les remous liés à l’affaire dite « affaire Tariq Ramadan » sont vifs et marquent très profondément Genève et ses habitants, sauf peut-être ceux qui auraient décidé de garder la tête dans le sable, « en attendant que ça passe ».

Mon intention ici n’est nullement celle de revenir sur les questions  – largement abordées par toutes sortes de personnes, plus ou moins légitimes dans ce débat – portant, en vrac, sur la présomption d’innocence, le possible décalage entre les discours et actes, la parole nouvellement libérée des victimes et témoins d’abus sexuels, etc.

Mon intention est ici, en tant qu’enseignante profondément attachée à mon métier, à l’école publique, gratuite et laïque, attachée à l’Ecole, d’exprimer ma profonde tristesse. Tristesse liée à l’impression que l’on oublie qu’il s’agit ici de jeunes, possiblement attaqués dans le cadre d’une institution qui représente, qu’on le veuille ou non, un des piliers centraux de leur développement, de jeunes possiblement attaqués dans le cadre qui devrait être pour eux un sanctuaire.

Au lieu de cela, les débats se concentrent sur ceux qu’on cherche à démasquer, sur qui savait quoi et comment, sur qui a dit quoi et à qui, et j’en passe et des meilleures.

C’est sans doute bien naturel dans une affaire désormais confiée à la justice et pour laquelle nous sommes tous impatients d’avoir des réponses, mais il ne faut pas oublier les enseignants, parents et élèves qui ont aujourd’hui mal à leur Ecole et qui doivent aussi avoir voix au chapitre.

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En effet, on ne secoue pas impunément l’Ecole. On ne la secoue pas impunément, que cela soit sous couvert de justice ou de règlements de comptes prétendument légitimes.

Il est donc important désormais que tous ceux qui font et qui vivent l’Ecole se rassemblent et se battent pour rappeler que leur mission est celle de préparer l’avenir des jeunes qui lui sont confiés et que cela ne peut se faire que dans un cadre complètement sûr, loin des déchainements médiatiques qui les excluent.

L’Ecole est aujourd’hui piquée dans son cœur et dans sa chair. Nul doute qu’elle s’en relèvera plus forte et gageons que cette force exclura les loups, de  toutes sortes, de la bergerie.

L’Ecole avant tout, un point c’est tout.

10:15 Écrit par Natacha Buffet dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |